Ces billets de cinq mille francs congolais dont personne ne veut à Kinshasa

IMG_20180323_072525IMG_20180323_072549

Les billets de 5000 FC sont refusés par les commerçants dans la ville de Kinshasa. Pour les gagne-petit, conclure une transaction avec ces billets relève du parcours du combattant. Et pourtant, selon les agents des différentes banques commerciales, ces billets ont cours légal. Il n’y a pas de raison de les refuser.

 Par ZM Mokemo

Denise n’en peut plus. Voilà une heure qu’elle essaie de faire le marché avec 10 000 FC (équivalent à une peu plus de 5 $ US), ces deux billets de 5000 FC retirés d’un distributeur de billets de la place à Kinshasa sont systématiquement refusés par tous les vendeurs du marché de l’UPN à Ngaliema.

Les raisons invoquées ne sont pas claires. De faux billets de 5000 FC ont circulé à Kinshasa il y a quelques semaines. Depuis la psychose s’est emparée de la population. Le fait que ces billets proviennent d’un distributeur des billets ne suffit pas à rassurer. Pourtant personne ne semble en mesure d’indiquer les caractéristiques de faux billets.

Pour la majorité des Kinois, les billets de 5000 Fc portant  le numéro de série RC sont d’office inutilisables, quel que soit leur origine ou leur état. Dans les banques, les clients refusent systématiquement de les prendre aux guichets.

 Mais avoir un billet ne portant pas le numéro de série RC ne suffit pas. Pour certains, les motifs triangulaires situés le long du bord gauche du billet sont aussi un critère pour détecter les faux billets : les bons billets en auraient 6 et les faux en auraient 4.

Les employés de banque rassurent

Sous  le couvert de l’anonymat une employée de banque de la place nous a certifié que la psychose des clients n’était pas fondée. Il n’y a plus de faux billets de 5000 FC en circulation. Les commerçants ne devraient pas refuser d’utiliser ces billets.

Frank, agent commercial d’une autre banque a quant à lui assuré que les billets des guichets automatiques de son institution sont bons.

On assiste parfois à des situations dramatiques. Jacques s’est vivement emporté contre un chauffeur de taxi qui refusait son billet de 5000 FC alors qu’il voulait payer sa course de 3000 FC. Les noms d’oiseaux ont vite fusé. Jacques avait retiré la veille son salaire de fonctionnaire d’une banque de la place. Ce sont les seuls billets qui étaient disponibles. Depuis il vit un véritable chemin de croix pour faire ses achats. D’après le chauffeur dans les stations d’essence, les pompistes prennent 1000 Fc pour chaque billet de 5000 FC d’où son refus. Dans les bus Transco, la société des transports publics de Kinshasa il n’est pas rare d’assister à des scènes similaires.

La solution venue de l’Orient

Blandine, femme au foyer, semble avoir trouvé la solution : faire ses achats dans les boutiques tenues par les Indo-Pakistanais qui disposent des détecteurs de faux billets. Dans un supermarché bien connu à l’UPN, a-t-elle indiqué, même les billets portant le numéro de série RC sont acceptés, après une rapide vérification.

Cependant, bon nombre de Kinois ne font pas leurs achats dans ces temples de consommation, mais plutôt auprès des vendeurs à la sauvette du quartier ou des alentours des places de marché.

Églises de réveil et engagement citoyen

Eglises de sommeil

Patrick Mbeko, écrivain, dans ce post tiré de sa page Facebook questionne l’attitude des gourous des Églises de réveil en Afrique. Insensibles à la misère du peuple mais très sensibles au maigre contenu de son portefeuille.

Par Patrick Mbeko

Vous priez un Dieu que vous n’avez jamais vu, vous chassez des démons que vous n’avez jamais croisés; mais vous êtes incapables de dénoncer le mal et les injustices que vous voyez tous les jours dans les rues de votre pays. Ignorants, manquant cruellement de culture, vous reconduisez le discours de l’ancien colonisateur qui a assimilé nos cultures ancestrales à de la sorcellerie. Vous avez dépouillé l’homme congolais (et africain) intellectuellement, culturellement et spirituellement. Vous avez mis en place une entreprise d’abrutissement massif qui vous sert ainsi que le pouvoir. Vous priez le dieu dollar (Mammon), vous dépouillez vos fidèles sans état d’âme. Vous leur promettez des «bénédictions» qui n’arriveront jamais, quand eux «bénissent» vos poches et vos comptes en banque avec leurs dîmes et offrandes. Vos « églises de réveil » sont devenues des temples du néolibéralisme triomphant, où l’on pratique un capitalisme spirituel qui ne dit pas son nom. Face à la misère des vôtres, vous sortez des formules magiques : « l’église est apolitique », « toute autorité vient de Dieu », « Respectez le régime », même quand celui-ci clochardise, chosifie, viole et tue. En fait, qui êtes-vous ? Qui est derrière vous? Pourquoi êtes-vous si méchants ? Vous avez l’habitude chasser les démons des corps soi-disant possédés, mais à bien vous observer, on se demande si ce ne sont pas les démons qu’on doit délivrer de vous. Vous êtes plus méphistophéliques que le cadet de la famille de monsieur diable. La misère de votre peuple ne vous dit rien; vous êtes insensibles à la souffrance que vous côtoyez au jour le jour. Comment avez-vous le courage de demander à ces pauvres gens de contribuer à vos fonds de retraite déjà bien garnies par des années de dîmes, d’offrandes et de dons? Comment arrivez-vous à dépouiller des gens qui n’ont quasiment rien ? Comment arrivez-vous à promettre des emplois à vos fidèles dans un pays qui ne crée pas d’emplois ? Comment arrivez-vous à parler de «richesse» dans un pays qui ne génère rien ? En fait, comment faites-vous pour être aussi sadiques ? Je ne suis pas là pour critiquer la religion ou l’église de qui ce soit. On ne va pas généraliser; je suis conscient qu’il existe de bons pasteurs. De très bons même. Mais n’empêche que la grande majorité de ces gens ─ ces mercenaires d’une spiritualité dollarisée ─ sont des truands qu’il faut dénoncer, voire tôt ou tard neutraliser. Les «églises de réveil» à effet soporifique sont non seulement devenues un véritable fléau, mais aussi et surtout un frein à l’émancipation du peuple congolais. Il faut le dire…

Entrevue avec Bénédicte Kumbi, historienne, enseignante et activiste

BK Kumbi

Nous nous entretenons aujourd’hui avec Benedicte Kumbi. Historienne, enseignante, activiste des droits de l’Homme et Coordinatrice de l’ONG d’action civique et écologique LIKAMBO YA MABELE Dans cette émission Bénédicte Kumbi réagit face aux propos de Donald Trump sur l’Afrique Salvador et Haïti, à la campagne publicitaire de HM mettant en scène un jeune noir portant un sweet à capuche sur lequel était marqué la phrase suivante « le singe le plus cool de la jungle » et à la question du racisme anti noir en général.

Par Mawâdi Mpembi

 

Le chant du cygne de 100 réacs

Olivier Mukuna

 À la lecture de la tribune signée par un collectif d’une centaine de femmes, parue dans Le Monde daté du 9 janvier, j’ai d’abord ressenti un certain découragement. Puis, une indignation. Enfin, de la colère en tant qu’homme solidaire de celles qui, bien avant l’affaire Weinstein, luttaient déjà pour que « la peur change de camp » concernant les violences faites aux femmes.

Par Olivier Mukuna

  Au-delà de son nombrilisme grand-bourgeois aux contours dévergondés, cette tribune s’apparente finalement à un chant du cygne. Celui de mondaines qui s’accrochent au statut quo patriarcal, sous le maquillage de sophismes grossiers et d’une dénonciation fallacieuse ciblant un hypothétique féminisme totalitaire (1).
   En tant que porteur involontaire de testicules, il est judicieux de préciser d’où je parle exactement ? En matière de violences sexistes et, plus largement, de féminisme, j’estime qu’un homme doit se comporter en allié. Ne pas parler à la place des premières concernées, écouter et analyser leur parole et, le cas échéant, ajouter ou relayer un propos complémentaire en termes solidaires. Ma réponse ne poursuit pas d’autres objectifs. D’égal à égales, celle-ci vise à déconstruire cette traditionnelle mansuétude envers certains hommes que, pour ma part, je refuse d’infantiliser ou de protéger quand ceux-ci insistent, menacent, harcèlent ou pressurisent des femmes. 
    Importuner n’est pas draguer
 Commençons par le choix biaisé du mot « importuner ». Ce terme signifie : « Déranger, fatiguer en intervenant mal à propos, ennuyer par une présence ou un comportement déplacé. Synonyme : gêner, exaspérer, assommer ». Quant à importuner une femme, c’est « l’ennuyer en la poursuivant de ses assiduités. Être importuné des hommages d’un homme ; importuner une femme de ses assiduités, de son amour, de ses caresses. Une femme très jolie, très sex-appeal, est importunée dans la rue par des hommes qui la suivent » (2).
 
   Confondre « la liberté d’importuner » avec celle de draguer était bien tenté de la part de ces rétrogrades que plus grand-monde de masculin ne souhaite gue-dra ou choper. Mais leur ficelle classiste et sexiste reste décidément aussi turgescente que leur conservatisme patriarcal. Tout en contrevenant d’ailleurs à la loi française qui stipule : «Le fait d’importuner une femme avec des messages répétés à connotation sexuelle, dégradants ou humiliants, alors que cette femme a demandé que cela cesse, relève du harcèlement sexuel. La victime peut porter plainte dans un délai maximal de 6 ans après les derniers faits. » (3) Selon les signataires, les hashtags « Balance ton porc » et « Me too » ont « entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délation et de mise en accusation publique d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque. »
    On comprend donc que les hommes qui ont été « balancés », accusés d’harcèlement, d’abus ou d’agressions sexuelles par des femmes sont… « victimes» d’une « justice expéditive ». Plus loin dans la tribune, le collectif féminin déclare : « Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. Pour celles d’entre nous qui ont choisi d’avoir des enfants, nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser ». 
   Récapitulons. Tandis que les hommes accusés de violences ou d’agressions sexuelles seraient des «victimes», les femmes qui ont dit « Non », sans succès, puis qui ont eu le courage de désigner leur harceleur ou agresseur, devraient cesser de se conduire en «proies » se laissant « intimider et culpabiliser ». D’un côté (masculin), il y a les indiscutables « victimes » ; de l’autre (féminin), celles qui doivent s’émanciper « du statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie». Ou comment victimiser ses frères de classe suspects tout en admonestant celles qui osent dénoncer leur oppresseur. On est décidément pas très loin du policier demandant à une plaignante si ce n’est pas elle qui aurait «provoqué» son agresseur…
Toutes à la défense de leurs amis porcs et friqués (Roman PolanskiJean-Claude Brisseau, etc.), les signataires oublient opportunément certains membres de leur classe dorée. Par exemple, le journaliste et présentateur engagé Frédéric Haziza(LCP). L’individu fait l’objet d’une plainte pour « agression sexuelle » déposée par sa collègue Astrid de Villaines (4). Suspendu le 21 novembre dernier par la direction de LCP, Haziza se verra réintégré à son poste ce 11 janvier. Quelle « cruelle » sanction professionnelle ! Toujours distraites, les signataires oublient aussi l’ex-directeur de l’information de France 2, Eric Monnié, actuel directeur de la rédaction de LCI. Visé par une plainte pour « harcèlement moral et sexuel » déposée par la journaliste Anne Saurat-Dubois, plainte confortée par 12 témoignages concordants de journalistes femmes ayant travaillé sous l’autorité de Monnié, le présumé harceleur ne subira aucune sanction ni suspension professionnelles durant l’enquête. Sauvé par la prescription, Monnié a vu les faits qualifiés contre lui « classés sans suite » par le Parquet de Paris (5). C’est sûr, mesdames, rarement vu «sanction» aussi éclatante… 
   En se sortant la tête du sable, on peut spéculer sur le fait que ces 2 exemples de mansuétude professionnelle ne relèvent pas de cas isolés. La lutte est donc loin d’être terminée avant d’envoyer « les porcs à l’abattoir » tel que le pleurent déjà les signataires mondaines. Du reste, féministes et plaignantes cherchent moins à « contraindre à la démission » qu’à mettre fin aux harcèlements et agressions sexuelles au travail ainsi qu’à leur minimisation par les détenteurs, souvent masculins, du pouvoir de sanction.
   Y’a bon la culture du viol
 Par facilité et réflexe people, les médias reprenant l’infecte tribune ont présenté Catherine Deneuvecomme l’incarnation principale du collectif. Mais on pourrait aussi s’intéresser à Sophie de Menthon, autre signataire, présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises à Taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et membre du CESE (Comité Economique et Social Européen). Y aura-t-il un média pour rappeler en quels termes profondément odieux et sexistes, Sophie de Menthon évoquait le deal financier intervenu devant un tribunal civil américain entre Nafissatou Diallo et Dominique Strauss-Khan ?
Dans le doute, rappelons-les : « La justice n’est pas là pour être le Lotto ou le Père Noël ! Il y a un moment où il faut raison garder avec ces sommes astronomiques ! Tu veux que je sois politiquement incorrecte : je me demande – c’est peut-être épouvantable de dire de ça – si ce n’est pas une chance ?Elle [Nafissatou Diallo] a dit que c’était une chance pour sa fille. Elle a aussi touché de l’argent parce qu’elle a été accusée d’être une prostituée par un journal américain qui a été obligé de payer ! Donc, ça lui a déjà fait de l’argent. Et je me demande – c’est horrible à dire – si ce n’est pas ce qui lui est arrivé de mieux ? […] Je pense que l’argent qu’elle a gagné, qui lui permet d’élever sa fille, elle ne l’aurait jamais eu dans toute son existence et j’espère qu’elle oubliera ce moment extrêmement désagréable… Y a des femmes dans la rue, je suis sûre qu’elles ont pensé ça, en disant : ‘Moi, si j’étais femme de chambre dans un hôtel, j’aimerais que ça m’arrive’… Je me demande si ce n’est pas une chance d’avoir touché une somme pareille [1,5 million de dollars] dans la vie qu’elle avait » (6).
    Pour ses propos abjects tenus en 2013, Sophie de Menthon fut évincée de l’émission radio «Les Grandes Gueules» (RMC). Juxtaposons maintenant l’aspect « traîtrise et complicité » au patriarcat que réfutent les 100 signataires de la tribune du Monde. Non seulement le dérapage commis par la signataire de Menthon est d’un sexisme achevé mais celui-ci servit aussi de tremplin pour « libérer» la parole de son ex-collègue Franck Tanguy. Ce porc balancera sur les ondes : « Le destin de cette femme [Nafissatou Diallo] est extraordinaire. Il y a un an, c’était une femme de ménage qui gagnait 1000 €… Pardonne-moi, c’est un conte de fées ! Elle était clandestine, elle avait menti pour entrer aux Etats-Unis… Non, ce n’est pas pretty woman ! C’est très-moche-woman, en l’espèce. C’est quand même un tromblon extraordinaire ! Elle a rien pour elle, elle sait pas lire, pas écrire, elle est moche comme un cul et elle gagne 1, 5 million ! C’est quand même extraordinaire cette histoire ! ». 
   Nous pourrions développer le pédigrée sexiste d’autres signataires, mais on se contentera de celui-là. En espérant, notamment, gêner aux entournures l’historienne belge Anne Morelli, perdue au milieu de ces snobinardes hexagonales. Une intellectuelle de bonne facture qui nous avait pourtant habitués à plus de discernement comme à ne pas à se rouler dans la fange réactionnaire. Il n’y a pas que les « élites » françaises qui vieillissent mal…
   On les écoute et il étai plus que temps
   Que d’acariâtres bourgeoises blanches n’aient aucune capacité à analyser de manière pertinente la « rupture Weinstein » ou jugent qu’une caissière, une fonctionnaire ou une comédienne qui se fait agresser par un frotteur dans le métro « peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle voire un non-événement», c’est sordidement classique. Aucun système d’oppression structurelle ne fonctionne sans idiot-e-s utiles et agents corrompu-e-s. Mais que ce discours, aussi malhonnête que militant, soit à nouveau médiatisé voire promu peut s’avérer inquiétant. Telle une sorte de recul tragique face à cette formidable prise de conscience qui aspire à rendre enfin politiquement cruciale la lutte contre toutes les violences faites aux femmes.
    Rappelons que, par le passé, la majorité des signataires de cette tribune ne se sont pas fait remarquer pour leur défense acharnée des libertés, de la justice sociale ou de l’égalité citoyenne. Si elles assignent désormais au féminisme occidental contemporain « le visage d’une haine des hommes et de la sexualité », c’est aussi parce qu’elles confondent dérives potentielles et moteur sociopolitique du phénomène. A l’instar des racistes, ces mondaines sexistes généralisent à partir de cas minoritaires et discutables pour mieux décréter que la liberté sexuelle serait menacée par un puritanisme revigoré.
    Tout faux, les vieilles peaux ! La veille de la sortie de leur tribune aigrie, notre consœur Marie Kirschen le résumait de façon imparable et prémonitoire : 
    « Les femmes n’ont pas attendu ce mois d’octobre 2017 [éclatement de l’affaire Weinstein] pour dénoncer les viols, le harcèlement sexuel au travail, ni pour tweeter sur le sujet. En France, on se souvient, entre autres exemples, des grandes mobilisations féministes contre le viol dans les années 1970 et 1980, des mobilisations au moment de l’affaire Dominique Strauss-Kahn, puis de l’affaire Denis Baupin. Aux Etats-Unis, le témoignage d’Anita Hill avait secoué la société américaine et mis sur le devant de la scène la question du harcèlement sexuel au travail en 1991… soit il y a bientôt 30 ans !
 
 Plus récemment et sur internet, les hashtags #YesAllWomen#EverydaySexism#rapeculture ou encore #StopHDR avaient déjà vu passer leurs lots de tweets décrivant des agressions. Il suffit de jeter un rapide coup d’œil à des Tumblr comme « Paye ta shnek », « Paye ton taf » ou « Coupable de mon viol » pour voir que la parole des femmes était bien libérée. Quant au désormais célèbre #MeToo, on s’est rapidement souvenu qu’il avait été lancé, non pas par Alyssa Milano cet automne, mais onze ans auparavant, par Tarana Burke, une militante afro-américaine qui travaille sur les violences sexuelles. Alors pourquoi un tel changement de perspective médiatique ? Qu’est-ce qui a fait la différence cette fois-ci ?
 
   Si #MeToo et #balancetonporc ont eu un tel impact, c’est surtout parce que l’écoute a changé. À plusieurs reprises aux cours de ces derniers mois, j’ai eu l’occasion de discuter avec des militantes féministes qui, bien qu’agréablement surprises par le traitement médiatique actuel, ne pouvaient s’empêcher d’être un peu étonnées : «On nous dit que les femmes « parlent enfin ». Mais les femmes ont toujours parlé ». C’est nous qui n’avons pas su écouter » (7).
    Oui, aujourd’hui, ces femmes, on les écoute vraiment. Les médias semblent les considérer vraiment. En tant qu’allié et père d’une adolescente, je ne peux que m’en réjouir. Il était plus que temps !
 

L’expulsion d’un Congolais retarde de quatre heures le vol Air France Paris-Kinshasa du 18 janvier 2018

Par ZM Mokemo

 Des passagers du vol AF 888 d’Air France-KLM du 18 janvier 2017 se sont opposés à la présence d’un Congolais expulsé vers Kinshasa. Ils ont refusé de s’asseoir empêchant ainsi le décollage de l’avion.

Une dizaine de policiers était montée à bord en plus des trois fonctionnaires qui accompagnaient le passager reconduit à la frontière.

Après de longues minutes de discussion, les forces de l’ordre la force. Une escouade antiémeute a été appelée pour faire descendre trois voyageurs jugés récalcitrants.

L’avion a décollé à 14 h 30 au lieu de 10 h 40 comme initialement prévu.

Les propos d’un des policiers criant sur les passagers à 98 % d’origine africaine « Rentrez chez vous » ont envenimé la situation déjà confuse.

Le gouvernement Macron expulse

Le gouvernement d’Emmanuel Macron est présenté comme le plus ouvert à la diversité. Cependant la politique menée à l’endroit des sans-papiers est la plus dure qu’on ait vue ces dernières année.

Ces opérations d’expulsions de l’Europe vers l’Afrique défraient régulièrement la chronique. Plus d’une fois, par le passé des passagers ont manifesté leur solidarité avec les personnes expulsées.

Le décès de SEMIRA ADAMU  en 1998 a obligé les autorités à réfléchir sur les conditions de ces expulsions.

Le passager du vol AF 888 d’Air France KLM Paris-Kinshasa était menotté. Il portait un casque ressemblant à celui des boxeurs amateurs qui étouffait ses cris. À plusieurs reprises, on a vu les policiers s’appuyer sur lui pour le maintenir sur son siège.

Aux passagers qui lui demandaient comment ils pourraient voyager assis à côté de quelqu’un aussi agité, un des fonctionnaires a répondu avec un bref éclat dans les yeux et un sourire dans le coin des lèvres : « Il va se calmer dès qu’on aura décollé ».

Mobutu, la CIA et la « ménace communiste »

bomboko-mobutu-larry-delvin-chef-de-la-cia-au-congo-et-nendaka

Mobutu doit à la CIA et aux services secrets belges son ascension jusqu’à l’accession à la magistrature suprême.

Par ZM Mokemo

Un rapport déclassifié de la CIA intitulée « Zaïre : prospects for the Mobutu Regime(s). Key Judgements » datant de novembre 1986 montre à quel point Washington était prêt à tout pour contrer le communisme en Afrique centrale.

Les services secrets américains craignaient que le Zaïre (RD Congo actuel) ne bascule dans la violence en cas de décès soudain du Maréchal Mobutu.

La prise du pouvoir par des officiers prosoviétiques, quoiqu’envisagée, est cependant considérée comme « peu probable ».

Les noms des officiers prosoviétiques des Forces armées zaïroises ont été répertoriées avec soin mais sont caviardés dans la version rendue accessible au public le 3 février 2011.

Le document donne un bon aperçu des rapports entre Washington et Kinshasa. La diplomatie congolaise était sous tutelle de Washington. On a par exemple la confirmation que c’est le gouvernement américain qui avait expressément demandé à Mobutu de renouer les relations diplomatiques avec Israël.  

On peut également lire dans le document que l’envoi des troupes zaïroises au Tchad face à Kadhafi et en Angola en soutien à Savimbi était une décision motivée par la défense des intérêts américains.

En retour Washington assurait la sécurité de Mobutu et de son régime. Le Colonel Kadhafi était perçu comme la plus grave à laquelle Mobutu devait faire face. Les régimes marxistes chez les voisins directs étaient également vus d’un très mauvais œil du côté de Washington.

Dans le rapport, Mobutu est décrit comme réfractaire à toute compétition démocratique n’ayant pas grand-chose des opposants au régimes isolés et mal organisés.

Puis au détour d’un paragraphe on tombe sur des propos prémonitoires au vu de l’évolution du Zaïre une dizaine d’années plus tard :

« Cependant, le soutien de Mobutu à l’UNITA et l’influence croissante de la Libye le long de la frontière orientale du Zaïre pourraient conduire certains pays voisins à soutenir directement les rebelles anti-Mobutu, améliorant ainsi leur capacité à lancer sporadiquement des attaques transfrontalières à petite échelle. Bien que les capacités militaires du Zaïre se soient considérablement améliorées depuis la fin des années 1970, les forces de l’armée sont toujours confrontées à des problèmes qui limitent leur capacité à répondre aux attaques rebelles, même à petite échelle ».

Sauf que, une dizaine d’années plus tard, les rebelles venus de l’est pour chasser Mobutu furent soutenus par… les services secrets anglo-américains.

 

%d blogueurs aiment cette page :